Au lendemain d’une période de guerre et de déroute pour toute la population mondiale, une nouvelle forme de littérature fait sont apparition. En effet, l’existentialisme expose de façon crue et très directe les problèmes de l’humanité, de façon à provoquer et voire même à choquer les gens. Les existentialistes croient ainsi pouvoir changer leur façon de penser et peut-être même changer le monde. En 1947, Albert Camus, un des plus grands auteurs existentialistes, fait publier le roman La peste, dans lequel on peut déceler plusieurs similitudes entre la situation que vivent les personnages et celle d’un peuple en guerre. Pour y parvenir, il nous faudra analyser les séparations causées par la peste, la signification du nombre impressionnant de personnages masculins, ainsi que l’évolution de l’épidémie tout au long du récit.
D’abord, agissant de la même manière que les camps de concentration ou les offensives militaires, la peste divise des familles entières. En effet, suite à la décision prise par les autorités de «fermer » la ville, plusieurs personnages importants se retrouvent séparés de leur compagne et de tout ce qui leur est cher. Le narrateur nous dit alors: « [ … ] ceux , comme le journaliste Rambert ou d’autres, pour qui, au contraire, les peines de la séparation s’amplifièrent du fait que, voyageurs surpris par la peste et retenus dans la ville, ils se trouvaient éloignés à la fois de l’être qu’ils ne pouvaient rejoindre, et du pays qui était le leur.1 » Suite à ces séparations, plusieurs hommes vont tenter de s’évader de la ville, mais la plupart se feront un devoir de rester pour aider Rieux et ses collaborateurs. Par contre, d’autres ne furent pas séparés par le portes d’Oran, mais par la mort. Ainsi, même après la fin des combats, « quelques-uns d’entre eux continuaient de marcher dans la ville, solitaires, privés de l’être qu’ils aimaient 2». Bien entendu, ce type de séparation est douloureux, car on ne peut pas revenir en arrière. On est séparé de l’être intime éternellement. Tout ceci démontre une lien étroit avec la guerre, car tous deux ont comme première conséquence la mort de plusieurs individus innocents, ce qui engendre l’isolement de plusieurs autres.
De plus, telle la guerre, la peste demeure imprévisible et ne fait preuve d’aucune discrimination tout au long du livre. Étant les seuls à posséder les connaissances et l’expérience requise pour diagnostiquer de quel type d’épidémie il s’agissait, Rieux et Castel durent admettre qu’il s’agissait bien de la peste. Par contre, ils n’étaient pas sans savoir ce qu’on leur répondrait : « Elle a disparu des pays tempérés depuis des années3 » (p.40). Exactement comme pour la deuxième guerre mondiale, où les gens ne croyaient pas qu’une telle atrocité puisse survenir deux fois en un demi-siècle, les habitants d’Oran ne croyaient pas à la peste. C’est d’ailleurs dut à leur façon subite de débuter, que les guerres et les épidémies se ressemblent et sont si difficiles à croire. De plus il aura fallut aux Oraniens un événement d’une grande tristesse avant que ceux-ci ne prennent vraiment conscience de ce qu’ils leur arrivait. En Effet, la non-discrimination dont fait preuve la peste causa la mort du petit Othon, ce qui fut un événement bouleversant qui convainquit les derniers septiques de l’importance de s’entraider en tant de crise. Citons par exemple Rieux parlant au prêtre Paneloux : « Je ne veux pas parler de cela avec vous. Nous travaillons ensemble pour quelque chose qui nous réunit au-delà des blasphèmes et des prières. Seul cela est important.4 » En temps de guerre, nous pourrions considérer ces paroles comme un appel à la résistance nous encourageant à mettre de côté nos différences afin de combattre ensemble un ennemi commun. Le seul apport positif de cette non-discrimination est sans doute qu’elle force les Oranais à s’unir.
Finalement, Camus utilise seulement des personnages de genre masculin afin de mieux représenter le climat de guerre régnant dans la ville. Effectivement, tous les personnages présents à l’intérieur des murs de la cité sont des hommes. Les quelques femmes faisant partie de l’histoire se trouvent à l’extérieur des murs. De ce fait, nous pouvons comparer ces hommes à des soldats volontaires partis combattre à l’étranger, s’ennuyant constamment de leur femme restée à la maison. Je qualifie ces hommes de soldats volontaires, car à un moment donné, ils renoncent à quitter la ville et veulent s’impliquer dans cette cause qui est devenue la leur. Prenons par exemple Rambert : Il était près à tout pour quitter Oran et retrouver sa fiancée, mais il est resté tellement longtemps prisonnier, qu’il a fait de la peste son propre ennemi. Un jour, il dit à Tarrou : « [ … ].J’ai toujours pensé que j’étais étranger à cette ville et que je n’avais rien à faire avec vous. Mais maintenant que j’ai vu ce que j’ai vu, je sais que je suis d’ici, que je le veuille ou non. Cette histoire nous concerne tous. 5» Tous continuent à s’ennuyer de leur femme, mais ils n’ont pas le choix, ils doivent rester à Oran, car ils sont plongés dans un climat de guerre.
Pour conclure , nous avons démontré en faisant ressortir les plus indéniables similitudes entre la maladie et la guerre que les Oranais sont dans une situation similaire à celle d’un peuple subissant la guerre. La peste eu la faculté de changer les habitants d’Oran a tout jamais. Ainsi, Camus nous laisse croire que tous ces rapports entre la peste et la guerre sont présents dans ce texte afin de faire passer un message, puisqu’en fin de compte, le but ultime d’un bon auteur existentialiste n’est-il pas de représenter à travers ses œuvres des problèmes sociaux?
1 ALBERT Camus,
La peste, France, Gallimard, 1947, p. 73
2 ALBERT Camus, La peste, France, Gallimard, 1947, p. 271
3 ALBERT Camus, La peste, France, Gallimard, 1947, p. 40
4 ALBERT Camus, La peste, France, Gallimard, 1947, p. 199
5 ALBERT Camus, La peste, France, Gallimard, 1947, p.190